Deux mous-du-genou à Iseye

A moins qu’il n’ait s’agit de deux pieds-nickelés, voire deux poissons rouges… Quelques jours de prospection – actualisation de l’inventaire des cavités du Lapiaz du Liet (Massif Iseye, Pyrénées Atlantiques).

Samedi 9h30, Amaury arrive chez Olivier et tous deux font le point sur leur (im)préparation ; quelques courses et un tétris-bagages plus tard, il est « à peine » milieu d’après-midi et ils sont en route. Route où ils doivent bien constater que tant la canicule infernale que les encombrements dantesques de ce jour noir sont circonscrits aux seules annonces de la radio ! (mais on va pas s’en plaindre) A 3h du mat’ la tente est plantée en bord du Gave d’Ossau, un peu en amont de Laruns (merci park4night !) ; vers 6h quelqu’un descend au milieu de l’endroit de bivouac, klaxonne et repart …heuuu, okay O_o  A 9h, notre cafetière italienne est pourtant (presque) la plus matinale ! La matinée est ensuite consacrée à quelques courses : fruits et légumes frais à la moyenne surface puis, au bébé Décath’ voisin (tout petit, tout mimi !), d’abord et avant tout du Micropur Forte (dorénavant introuvable en Belgique, on prend donc du stock) des cartes topo à jour (!) et une fourchette (ben oui) mais ooh un topo canyon « grandes verticales des Pyrénées » ! re-ooh une carte rando & canyon de la Sierra de Guara !! Bon, ces achats effectués, allons voir si la file devant la boulangerie s’est résorbée puis allons repérer l’accès à la piste du Bitet. Guidés par les souvenirs trentenaires d’Olivier, nous la dépassons mais un peu de lecture de carte nous y ramène. Une fois à son extrémité on commence à faire passer les bagages de leur configuration « route » vers une config « portages 1 & 2 » …et on doit bien constater que nous n’avons quasi pas d’eau. C’est pas comme si la présence problématique d’eau là-haut était une des incertitudes à lever lors de cette reconnaissance !! Bon, on rembarque le souk et direction le point d’eau des Eaux-Chaudes. Qui est HS. Et le robinet du WC public ne débite pas grand-chose… Ben alors : retour à Laruns. Une fois embarqué une raisonnable quantité d’eau, retour vers la piste du Bitet. Merde, on la suit jusqu’au bout du carrossable, ça fera ça de gagné sur la marche d’approche : il commence à faire tard ! on viendra redescendre la voiture avant le pont -et le panneau « circulation interdite »- lors du portage de demain.

Il est « à peine » milieu d’après-midi (j’ai déjà entendu ça qq part..) lorsqu’on se met en route. Et « bizarrement » on croise surtout des gens qui redescendent… et nous souhaitent bon courage car « c’est le début le plus dur » (pas de doute, ils doivent nous espionner depuis vendredi soir). Allons, c’est raide ici aussi certes, mais ici on est à l’ombre et ici c’est pas un pierrier où chaque pas vers le haut vous fait redescendre de 2m ;- ) Ensuite, 150 à 200m plus haut, la montée s’adoucit vers la cabane de Cujalate (table, bancs et, entre le rez et l’étage, place pour serrer jusqu’à une -petite- dizaine de dormeurs / https://www.pyrenees-refuges.com/fr/affiche.php?numenr=999) et le couvert forestier alterne avec des pâtures ensoleillées …heu, de moins en moins ensoleillées en fait. C’est pas tant les nuages devant qui descendent que ceux derrière qui remontent la vallée et nous rattrapent ! Bon, la carte et le relief nous amènent pile sur la cabane Laiterine (https://www.pyrenees-refuges.com/fr/affiche.php?numenr=431) qui surgit de la purée de pois à 20 mètres de nous. On y entre, une buche finit de se consumer dans l’âtre, il fait sec & propre, il y a place pour nos matelas sur la mezzanine. Dehors, il nous reste quelques 300m de dénivelé et un peu moins de la moitié de la marche d’approche, la visibilité s’est « améliorée » à 50m, on ne connait pas le chemin -qu’il faut quitter pour pénétrer dans le lapiaz- ni l’état de la cabane là-haut (ni même si elle y est toujours !) : même s’il n’est pas encore 18h on décide de s’arrêter là pour aujourd’hui. On sort le réchaud & nos popotes, puis nos matelas et nos sacs, et on se couche tôt.

Au matin -pas trop tôt, le ciel est (majoritairement) bleu, le massif se dévoile devant nous, la cafetière italienne chantonne : ça va, et pas comme un lundi ! Bon, à la source la pompe Katadyn refuse de pomper, malgré démontage et lubrification …il aurait sans doute fallut la tester avant le départ mais ça n’assombrit pas notre humeur. On reprend notre ascension, on laisse à droite le col d’Iseye en suivant la carte, le GPS et nos points jaunes, ou juste la carte, on croise un abri sous roche avec un reste de québot (on pointe au GPS, en cas d’urgence ça peut servir) puis tiens, des cairns qui montent à droite sur une croupe herbeuse et qui évoquent de vagues souvenirs à Olivier : va pour les cairns.

Qu’on perd. Et retrouve. Et qui décidément continuent d’aller vers là où on veut. Et on arrive là où on veut ! (même si le GPS et Pirineos prenaient, eux, le gros bloc erratique pour la cabane -on ne se méfie jamais assez des GPS) Olivier présente alors à Amaury le Cambou de Liet, « son petit paradis de l’été 91 », Amaury valide : un beau terrain herbeux et plat, dominé de parois moins écrasantes qu’au Caperan, une petite -toute petite- cabane qui est bien là ; manque juste le ruisseau qui à l’époque traversait le « pré fleuri » -mais on perçoit distinctement le bruit d’une cascade et, en effet, il y a de l’eau pas loin et en quantité suffisante. Première corvée eau qu’on additionne de Micropur Forte, puis Amaury plante sa tente pendant qu’Olivier transforme la cabane du Liet (https://www.pyrenees-refuges.com/#14/42.9443/-0.5030) en garde-manger. Puis on fait le point (oui, ça nous arrive souvent, hein) : la météo est bonne, le camp est installé, on a de l’eau et des vivres de base pour 3 jours -4 en tirant un peu, le reste est à la voiture, de même que le matos spéléo, il y a du réseau (pour Olivier plutôt en phonie, pour Amaury plutôt en data), suite à une fausse manoeuvre d’encodage ViewRanger n’a pas pris les données de Karsteau et dans le GPS du club pas moyen de retrouver le Lambert utilisé dans l’inventaire GSCAF de 95 …il aurait sans doute fallut les tester avant le départ (j’ai déjà entendu ça qq part..) mais bon, voilà : il faudra faire sans les données des prédécesseurs. Et le matos spéléo n’est plus indispensable à aller chercher dans des glacières de la neige à fondre.

Décision est prise de profiter de la météo actuellement clémente et d’être là-haut pour commencer par sillonner méthodiquement (ou presque) quelques zones du lapiaz, photographier et pointer au GPS tous les phénomènes rencontrés, chercher si on y retrouve des traces de marquages et on compilera nos données avec celles des prédécesseurs plus tard. Aussitôt dit, aussitôt fait : on part en contrebas du camp vers l’Est et la barre qui descend du Pic de la Ténèbre, et on trouve nos premiers trous ! et certains sont marqués. Au boulot ! Fin d’après-midi on a déjà pointé presqu’une trentaine de phénomènes, pas tous pénétrables (on est spéléo belge et on ne se refait pas !) et -pour les pénétrables- pas tous marqués (mais rien ne dit encore s’ils sont vierges ou juste effacés -voire sans intérêt). Un bon plat de choumicha et on se couche contents :- )

Le ciel est bleu et le soleil bien levé lorsque chantonne la cafetière mais bon, ce sont aussi des vacances. Mais actives : ce matin on part continuer le boulot de la veille en direction du Permayou. Et on ramène notamment le Touya, le plus profond (-900 & une chique) gouffre de la zone ! qui fut l’objectif -inaccompli- du camp RCAE-Rickys de 91. Pour l’après-midi, l’idée est de prospecter un peu plus bas sous le massif, sous la bande herbeuse, là où devrait se trouver notamment le Krakoukas (où Olivier avait porté les bouteilles du Bruxellois Etienne Hoenraet, lors de sa plongée au siphon terminal en …95 ! des souvenirs un peu plus frais donc). La dite pente herbeuse s’avère également …douloureuse à nos genoux qui commencent à se ressentir du crapahut des deux jours précédents (et sans doute aussi de l’inactivité forcée de ces derniers mois). Olivier trace des zigs et des zags dignes d’une montée de grabataires, suivi d’Amaury qui va à peine mieux.

Néanmoins l’après-midi s’avère productive puisqu’à la petite trentaine de phénomènes du matin viennent peu à peu s’en ajouter une vingtaine dont certains s’avèrent encore marqués, et dont nous voyons à l’inventaire qu’ils sont connectés au Krakoukas : 302 aka les Jumeaux, 303 aka le Sans-Nom,… Olivier se prend à espérer ! mais toujours rien qui corresponde à ses souvenirs. Puis, alors que l’après-midi tire sur sa fin, il a l’oreille attirée par un bruissement, un piaillement… Amaury le voit tirer vers une dalle de lapiaz mais non, aucune fissure n’est assez ouverte, puis, au détour d’un arbre, à la limite de la végétation s’ouvre un gros orifice : tout le contraire de ce qu’il décrivait ! mais bon, ces cris de chocards ne peuvent tromper O_o  Olivier entreprend donc d’en faire le tour et, en l’abordant par le bas (le camp de 95 était au pied du lapiaz) bingo ! ce petit orifice séparé du reste par un pont rocheux, ce spit dans le pont rocheux : ça, ça lui parle enfin !! En remontant vers Antony une flèche jaune marquée d’un « K » pointant vers le phénomène lui ôte ses derniers doutes : on a pas encore retrouvé tous les trous majeurs du massif mais on en tient un de plus ! De retour au camp, une autre recette de choumicha et derechef on se couche content !

Non sans avoir fait le point, aussi le lendemain sous un ciel bleu et un soleil bien levé (mais rappelez-vous : « ce sont aussi des vacances »), une fois la cafetière refroidie on la remballe avec le reste : l’idée est de quitter le lapiaz du Liet en finissant de prospecter et pointer du Krakoukas vers le Permayou, de passer le col d’Iseye, de déposer les sacs et prendre de l’eau à la cabane de l’Escurets ( https://www.pyrenees-refuges.com/#16/42.9488/-0.5153 ) et d’aller voir l’autre zone du karst d’Iseye : le Liard. Bon, ça c’est le plan, hein ! Avec les sacs et malgré une bonne nuit de sommeil la pente herbeuse s’avère à peine moins douloureuse que la veille. Mais ça ne nous empêche pas ensuite de crapahuter et prospecter un peu à côté de notre itinéraire de la veille. Quoique ! arrivés au Karakoukas, des marques jaunes nous indiquent un chemin qui ne peut qu’être celui quitté l’avant-veille, au niveau des cairns : la tentation est trop forte, on suivra ce chemin et on ne pointera que ce qui est à proximité.

Arrivé au col on « découvre » (alors que bon, c’était indiqué sur la carte !) que la cabane de l’Escurets est bien loin en dessous du col (en fait pas si loin : qq 140m plus bas) et que pour la rejoindre il n’y a pas de chemin mais …une pente herbeuse ! On re-(re-re-)fait le point : on a fait le plein d’eau avant de quitter le Liet et d’ici un sentier presqu’horizontal tire jusqu’au Liard, allons d’abord voir à quoi il ressemble ! Et donc un peu plus tard : ah ouais, quand même ! autant le Liet s’étale entre Ténèbre et Permayou, autant le Liard est ramassé entre l’autre face du Permayou et le Ronglet ; pour du beau lapiaz, c’est du beau lapiaz, c’est sûr ! mais justement : où va-t-on trouver de l’eau là-dedans ? et que vont devenir nos genoux dans ce relief tourmenté à souhait ?! Bon, puisqu’on est là, et que le chemin vient se terminer quasi dans un énorme orifice, commençons déjà par celui-ci : Amaury le pointe, tandis qu’Olivier le photo… ben non, ce dernier a beau fouiller ses poches, aucune trace du smartphone où sont -notamment- enregistrées les quelques 150 photos géolocalisées du Liet !!

La conclusion s’impose : il a dû rester qq part entre la cabane du Liet et ici, plus exactement entre la dernière photo prise en descendant, peu avant la québot croisée à la montée. Olivier pense l’avoir posé là, au moment d’ôter ses jambes de pantalon et se tartiner de crème solaire ; Amaury croit, lui, avoir vu ce téléphone lorsqu’ils se sont reposé à l’ombre d’un gros bloc, en bas de l’éboulis où ils ont reperdu les cairns (comme à l’aller…). Bon, quoi qu’il en soit il faut aller le chercher, et tous deux sont d’accord de le faire ensemble. Ceci posé on re-re-(re-…)fait le point : ça va nous coûter en temps, en eau, en genoux… décision est prise : une fois retrouvé ce téléphone et ses précieuses données, on redescendra dans la vallée, tant pis pour le Liard (et comme on dit dans ces cas-là : « ça nous fera une raison de plus pour revenir »). Un rapide retour jusqu’à l’ombre du gros bloc confirme à Olivier que son téléphone n’est pas là. On y dépose les sacs et on se prépare à remonter seulement chargés d’une gourde chacun lorsqu’Amaury se demande qui Olivier salue ainsi O_o Apparaît de derrière un rocher un petit bout de femme en t-shirt orange et cheveux roses ! On échange qq mots, elle descend du Liet et a obliqué en croyant voir du monde dans l’éboulis, nous lui disons que nous remontons en direction de la québot chercher un truc sans doute oublié là. Un gros téléphone ? ….! Celui-ci ? …!! Voilà qui nous coupe définitivement les pattes !!! Après de chaleureux remerciements on prend le chemin vers la voiture. Où nous attend une « prune » pour « circulation & stationnement en zone interdite », bon retour dans la civilisation -OK, c’est pas comme si on avait prévu de déplacer la voiture lors du second portage, mardi passé, celui qu’on a finalement décidé de pas faire…

Ensuite ce furent la route vers Laruns, la recherche d’un camping (les bonnes adresses, accueillantes et pas chères : rue d’Aiga Bera, derrière la piscine, et Pla de Ceu, le camping Geteu ; oubliez tous les autres !), enfin une douche puis un repas dans un petit resto. Le lendemain, on re-re-(etc.)fait le point autour de la cafetière : on ne saura pas rencontrer nos contacts locaux (en vacances les montagnards vont sur la côte !), on a plus trop d’objectifs -ni de genoux à leur sacrifier (sinon on serait monté au Caperan juste pour un selfie piscine, si !!), la météo annonce fin de semaine canicule sur la route (j’ai déjà entendu ça qq part..).

Décision est prise d’avancer le départ, non sans un petit crochet par la Pierre-Saint-Martin. Là, presque sans quitter la voiture, Olivier montre en vrac à Amaury : le chalet du Braca, la station de la Pierre (et ses pistes tracées au bull & à la dynamite), le pic d’Anie (de loin), la route qui tourne sur elle-même, le tunnel au-dessus duquel sont une fois passés ces spéléos qui dans le brouillard cherchait la route, le refuge de Belagua (départ de la marche d’approche vers Ukerdi & le Tobozo), … une dernière bière à Saint-Engrace (départ historique des premières explos) et c’est vers le Nord que nous mettons le cap. La suite sera une autre histoire. Qu’il reste à écrire.

En attendant nous aurons ramené de cette reconnaissance : 95 coordonnées de cavités (dont une vingtaines d’identifiées avec certitude et une demi-douzaine sous réserve) et qq 180 photos de celles-ci, toutes données qui vont pouvoir alimenter la base de données Karsteau -alors même que jusqu’à présent aucun levé GPS systématique n’avait été effectué sur Iseye (la majeure partie des phénomènes ayant été jusqu’à présent localisés via photo aérienne, triangulation ou les uns par rapports aux autres) ; l’expérience d’un -bref- séjour là-haut avec : la confirmation de la présence d’eau et d’une cabane (même si cette dernière a souffert grandement des hivers -espérons que, comme elle sert également aux bergers, elle se voit réparée et entretenue) ; la confirmation de deux des itinéraires possibles pour accéder au massif et le levé d’une trace GPS pour l’un d’eux (bien utile en cas de brouillard etc.) et que si l’accès est un peu plus long qu’au Caperan il n’est pas plus dur -et ne nécessite pas d’approche en 4×4. Egalement la confirmation que c’est un très bel endroit, qu’il peut y faire très beau et qu’il n’y manque pas d’objectifs -de différents niveaux (du relevé systématique des coordonnées GPS de tous les phénomènes, connus ou non, à l’exploration des nouveaux et la ré-exploration des connus, y compris les plus profonds).